Remplacer ses fenêtres à Genève et Lausanne

Des courants d'air au bord du canapé, de la buée chaque matin sur les vitres, le bruit du tram qui traverse le salon : dans beaucoup de logements genevois et vaudois, les fenêtres sont le point faible de l'enveloppe. Une fenêtre des années 1970 ou 1980 laisse passer trois à cinq fois plus de chaleur qu'un modèle actuel en triple vitrage. La remplacer est l'un des travaux les plus visibles d'une rénovation, et l'un de ceux où les erreurs coûtent le plus cher, car une fenêtre se garde trente ans.
Ce guide explique comment choisir, ce que disent les règles à Genève et dans le canton de Vaud, quelles subventions existent en 2026 et combien il faut prévoir.
Quand faut-il changer ses fenêtres
Une fenêtre ancienne n'est pas forcément à remplacer. Un cadre en bois sain, entretenu et simplement mal réglé peut souvent être conservé : on change alors les joints, on remplace le vitrage ou on règle les ferrures. Le remplacement complet devient pertinent dans les situations suivantes.
- Le vitrage est simple ou double de première génération, sans couche basse émissive. On le reconnaît à la sensation de paroi froide quand on approche la main en hiver.
- Le cadre est abîmé : bois pourri en partie basse, aluminium sans rupture de pont thermique, PVC jauni et déformé qui ne ferme plus correctement.
- La condensation apparaît entre les deux verres : le joint du vitrage isolant est rompu et le gaz isolant s'est échappé.
- Le bruit extérieur est gênant, en particulier le long des axes routiers, des lignes de tram ou sous les trajectoires de l'aéroport.
- Vous rénovez la façade ou changez le chauffage : c'est le bon moment pour traiter l'enveloppe en une seule fois.
Comprendre les valeurs U
La performance thermique d'une fenêtre se mesure par son coefficient de transmission thermique, exprimé en watts par mètre carré et par kelvin. Plus la valeur est basse, mieux la fenêtre isole. Deux valeurs figurent sur les offres et il ne faut pas les confondre.
- Ug concerne le vitrage seul. Un triple vitrage courant atteint 0,5 à 0,7 W/m²K, un double vitrage moderne environ 1,1.
- Uw concerne la fenêtre complète, cadre compris. C'est elle qui compte. Le cadre isole moins bien que le verre, et un intercalaire métallique entre les vitres crée un pont thermique sur tout le pourtour.
Pour une fenêtre remplacée dans un bâtiment existant, les prescriptions cantonales issues du MoPEC et de la norme SIA 380/1 imposent en pratique une valeur Uw d'environ 1,0 W/m²K au maximum. Le triple vitrage est devenu la norme en Suisse romande ; le double vitrage ne se justifie plus guère que pour des cas particuliers, par exemple une fenêtre patrimoniale à profils très fins. Demandez un intercalaire dit à bord chaud, en matériau synthétique, plutôt qu'en aluminium.
Un dernier chiffre utile est le facteur solaire, noté g. Il indique la part d'énergie solaire qui traverse le vitrage. Au sud, un g élevé apporte de la chaleur gratuite en hiver ; à l'ouest et sous un toit, il faut au contraire penser à la protection solaire pour éviter la surchauffe estivale.
Bois, PVC, bois-métal ou aluminium
Le choix du matériau dépend du budget, de l'entretien accepté et de l'aspect de la façade.
- Le PVC est le plus économique et ne demande presque aucun entretien. Ses profils sont plus larges, ce qui réduit un peu la surface vitrée, et il est parfois refusé dans les zones protégées.
- Le bois offre une belle finition et un bon bilan écologique, mais demande une lasure ou une peinture régulière côté extérieur, tous les cinq à dix ans selon l'exposition.
- Le bois-métal combine un bois chaleureux à l'intérieur et un capot en aluminium à l'extérieur qui protège des intempéries. C'est le choix le plus fréquent en Suisse pour un projet durable, et il est mieux subventionné dans le canton de Vaud.
- L'aluminium à rupture de pont thermique permet des profils fins et de grandes baies vitrées. Il est plus cher et son énergie grise est élevée.
Quel que soit le matériau, vérifiez la qualité des ferrures, la classe de résistance à l'effraction si le logement est en rez-de-chaussée, et la présence d'une aération intégrée si la pièce n'est pas ventilée mécaniquement.
La pose fait la moitié de la performance
Une excellente fenêtre mal posée laisse passer l'air et l'eau par le joint avec la maçonnerie. En rénovation, deux méthodes existent.
- La pose en rénovation : l'ancien dormant est conservé et le nouveau cadre est fixé par-dessus. Le chantier est rapide et ne touche pas les embrasures, mais on perd quelques centimètres de vitrage sur chaque côté.
- La dépose totale : l'ancien cadre est entièrement retiré, la nouvelle fenêtre est posée dans la maçonnerie. Le clair de vitrage est maximal et le raccord peut être refait proprement, au prix de reprises de plâtre et de peinture autour de l'ouverture.
Dans les deux cas, demandez une pose dite étanche selon les recommandations de la branche : une bande d'étanchéité à l'air côté intérieur, une bande perméable à la vapeur côté extérieur et une isolation du joint entre les deux. La mousse polyuréthane seule ne suffit pas. Prévoyez aussi le traitement de la tablette extérieure et des caissons de stores, souvent très mal isolés dans les immeubles anciens.
Bruit : la fenêtre comme protection acoustique
L'isolation phonique d'une fenêtre se mesure par son indice d'affaiblissement acoustique, en décibels. Un triple vitrage standard atteint environ 32 à 35 dB. Le long d'un axe bruyant, un vitrage acoustique asymétrique, avec des verres d'épaisseurs différentes ou un verre feuilleté, permet de dépasser 40 dB. Chaque fois que l'on gagne 10 dB, le bruit perçu est divisé par deux environ.
Autour de l'aéroport de Genève, Genève Aéroport finance depuis les années 2000 un programme d'insonorisation pour les locaux sensibles au bruit des bâtiments exposés aux valeurs d'alarme. Si votre logement se trouve dans l'une des communes riveraines, renseignez-vous avant de commander vos fenêtres : les travaux pris en charge suivent un cahier des charges précis.
Autorisations : ce qui change entre Genève et Vaud
Remplacer des fenêtres à l'identique relève en général de l'entretien. Dès que l'aspect de la façade change, la situation est différente.
- À Genève, un changement de matériau, de teinte, de division des vitrages ou de type d'ouverture demande en principe une autorisation de construire en procédure accélérée, l'APA. Dans les zones protégées, comme la Vieille-Ville, et pour les immeubles recensés ou classés, le préavis de la commission des monuments, de la nature et des sites est requis et le choix des profils peut être très encadré.
- Dans le canton de Vaud, la loi sur l'aménagement du territoire et les constructions, la LATC, soumet les travaux modifiant l'aspect extérieur à autorisation municipale. Les petits travaux peuvent être dispensés d'enquête publique, mais c'est la commune qui en décide. À Lausanne, dans les secteurs historiques, adressez-vous au service de l'urbanisme avant de commander.
En immeuble, les fenêtres font partie de la façade. En PPE, elles sont le plus souvent des parties communes ou au minimum soumises au règlement d'administration et d'utilisation : un remplacement isolé, surtout s'il change l'aspect, nécessite une décision de l'assemblée des copropriétaires. En location, c'est au propriétaire de décider et de financer ; un locataire ne change pas ses fenêtres lui-même.
Subventions en 2026
Le Programme Bâtiments est géré par chaque canton, et les fenêtres n'y sont pas traitées de la même manière partout.
- Dans le canton de Vaud, le remplacement de fenêtres dans un bâtiment construit avant 2000 est subventionné en 2026 à hauteur de 80 francs par mètre carré d'ouverture de maçonnerie, avec un vitrage Ug de 0,7 W/m²K au maximum. Un bonus de 50 francs par mètre carré s'ajoute pour des cadres en bois ou bois-métal. La subvention est plafonnée à 4000 francs, 5000 francs avec le bonus, et à 20 % du coût des travaux. Un CECB Plus est exigé.
- À Genève, le programme GEnergie, piloté par l'office cantonal de l'énergie et les SIG, subventionne la rénovation de l'enveloppe selon un barème révisé chaque année. Les conditions pour un remplacement de fenêtres seul ne sont pas les mêmes que pour une rénovation globale : vérifiez le barème en vigueur sur ge.ch avant de signer.
Dans les deux cantons, la règle d'or est la même : la demande doit être déposée et acceptée avant le début des travaux. Une fenêtre commandée trop tôt n'est plus subventionnable. Les dépenses d'entretien et d'économie d'énergie sont en outre en grande partie déductibles des impôts pour les propriétaires.
Après le remplacement : aérer davantage
Des fenêtres neuves sont presque parfaitement étanches. Les anciennes laissaient passer l'air par leurs joints usés, ce qui assurait une ventilation involontaire. Sans ce renouvellement d'air, l'humidité produite par la cuisine, la douche et la respiration reste dans le logement, et des moisissures peuvent apparaître dans les angles froids, derrière les meubles ou autour des nouvelles fenêtres.
Trois réponses existent. Aérer en grand deux à quatre fois par jour pendant cinq à dix minutes, plutôt que de laisser une fenêtre en oscillo-battant toute la journée. Choisir des fenêtres avec des aérateurs intégrés dans le cadre. Ou, dans le cadre d'une rénovation plus large, installer une ventilation mécanique simple ou double flux, qui renouvelle l'air sans perdre la chaleur. Un hygromètre à quelques francs aide à garder l'humidité intérieure entre 40 et 60 %.
Combien coûte le remplacement de fenêtres
Les prix varient selon les dimensions, le matériau, le vitrage acoustique et l'accès au chantier. Les ordres de grandeur suivants, pose comprise et hors taxes, concernent une fenêtre standard à deux vantaux d'environ 1,2 sur 1,4 mètre à Genève ou dans le canton de Vaud :
- Fenêtre PVC, triple vitrage : environ 1200 à 1900 francs.
- Fenêtre bois, triple vitrage : environ 1500 à 2400 francs.
- Fenêtre bois-métal, triple vitrage : environ 1800 à 2800 francs.
- Fenêtre aluminium à rupture de pont thermique : environ 2200 à 3500 francs.
- Supplément pour vitrage acoustique renforcé : environ 150 à 400 francs par fenêtre.
À cela peuvent s'ajouter la dépose et l'évacuation des anciennes fenêtres, les reprises d'embrasures, le remplacement des stores ou des volets et, dans un immeuble, l'échafaudage ou la nacelle. Pour un appartement de quatre pièces avec huit à dix fenêtres, un budget de 15 000 à 25 000 francs est un ordre de grandeur réaliste. Comptez six à dix semaines de délai de fabrication ; la pose elle-même prend souvent moins d'une journée par fenêtre.
Les erreurs fréquentes
- Comparer les offres sur la valeur Ug du vitrage au lieu de la valeur Uw de la fenêtre complète.
- Commander avant d'avoir obtenu la promesse de subvention ou l'autorisation de construire.
- Négliger la pose : un joint en mousse sans bandes d'étanchéité annule une partie du gain.
- Oublier les caissons de stores, qui restent un trou dans l'isolation.
- Ne rien changer à ses habitudes d'aération et découvrir des moisissures au premier hiver.
Questions fréquentes
Le triple vitrage est-il obligatoire en Suisse ?
Il n'est pas imposé en tant que tel, mais la valeur Uw d'environ 1,0 W/m²K exigée pour une fenêtre remplacée est difficile à atteindre autrement. Il est aussi requis pour la subvention vaudoise, qui fixe un vitrage Ug de 0,7 au maximum.
Faut-il une autorisation pour changer ses fenêtres à Genève ?
Pas pour un remplacement strictement à l'identique. Un changement de matériau, de couleur ou de division demande en principe une APA, et le préavis de la commission des monuments en zone protégée ou pour un immeuble recensé.
Peut-on changer les fenêtres en hiver ?
Oui. Chaque fenêtre est déposée et remplacée dans la journée, la pièce n'est ouverte que quelques heures. Les chantiers d'hiver permettent souvent d'obtenir des délais plus courts.
Combien d'énergie économise-t-on en changeant ses fenêtres ?
Dans un logement aux fenêtres des années 1970 ou 1980, le remplacement réduit souvent les besoins de chauffage de 10 à 20 %, davantage si les anciens cadres étaient très perméables. Le gain en confort, sans paroi froide ni courant d'air, est immédiat.