La cuisine est la pièce où le plus de choses se croisent : eau, évacuation, électricité lourde, ventilation, meubles ajustés au millimètre et un plan de travail qui doit tenir vingt ans. C'est aussi celle où les décisions se prennent le plus souvent dans le mauvais ordre — on choisit les façades avant d'avoir décidé où passe l'évacuation, et le reste du chantier paie l'erreur.

Ce qui se décide avant le catalogue

Trois points fixent le projet, et aucun des trois ne figure dans un showroom.

L'évacuation d'abord. Un évier se déplace facilement de quelques dizaines de centimètres, beaucoup moins facilement de deux mètres : la pente d'écoulement doit être tenue sur toute la longueur, et dans un immeuble ancien la colonne n'est pas toujours là où on l'espère. Le lave-vaisselle suit l'évier, jamais l'inverse.

La ventilation ensuite. Une hotte a besoin soit d'un conduit, soit d'un filtre à charbon, et les deux ne donnent pas le même résultat. Le point se tranche avant de dessiner les meubles, parce qu'il détermine la position de la plaque de cuisson.

L'électricité enfin. Une cuisine moderne concentre plus de puissance que tout le reste du logement réuni. Ce que le tableau peut fournir décide si la plaque à induction pleine largeur est réaliste ou non.

L'implantation avant les façades

Les dimensions comptent plus que la couleur des portes.

  • Un passage de service demande 90 cm libres, et 120 cm si deux personnes travaillent en même temps ou si un four et un lave-vaisselle s'ouvrent face à face.
  • Le plan entre l'évier et la plaque est le seul vrai plan de préparation : en dessous de 60 cm, la cuisine se travaille mal quelle que soit sa surface.
  • La hauteur standard de 90 cm ne convient pas à tout le monde. Elle se règle à la conception, pas après la pose.
  • Un îlot n'a de sens que s'il reste 100 cm de circulation autour et s'il peut recevoir l'eau et l'électricité sans ouvrir toute la dalle.

Électricité : le poste le plus chargé du logement

Une plaque à induction pleine largeur demande en général une alimentation dédiée, souvent triphasée. Le four, le lave-vaisselle et le réfrigérateur veulent chacun leur circuit, et le plan de travail demande des prises accessibles sans rallonge qui traverse l'évier.

Dans un immeuble genevois ou lausannois d'avant 1990, le tableau n'a souvent ni la place ni les protections différentielles pour absorber tout cela. Une rénovation de cuisine est le bon moment pour le remettre à niveau : les murs sont ouverts, et un contrôle périodique OIBT arrivera de toute façon.

Hotte : extraction ou recyclage

La question paraît secondaire. Elle ne l'est pas, surtout en copropriété.

L'extraction vers l'extérieur évacue réellement la vapeur et les odeurs, mais elle suppose un conduit disponible ou un percement de façade. Or un percement de façade touche une partie commune, donc une décision d'assemblée. Le recyclage avec filtre à charbon s'installe partout, ne demande aucune autorisation, retient les odeurs mais pas l'humidité.

Un point technique passe souvent inaperçu : dans un logement équipé d'une ventilation mécanique, une hotte à extraction puissante peut mettre la pièce en dépression. Le débit se dimensionne avec le reste de l'installation, pas au maximum du catalogue.

Plan de travail : ce que chaque matériau pardonne

  • Stratifié : le meilleur rapport prix-rendu, sensible à l'eau sur les chants et aux coupes mal jointées.
  • Quartz composite : dur, homogène, très stable ; il craint la chaleur directe d'une casserole sortie du four.
  • Céramique grand format : résiste à la chaleur et aux rayures, coûte plus cher à poser parce que la découpe ne pardonne rien.
  • Inox : hygiénique et pratiquement indestructible, il se patine visiblement à l'usage. C'est un choix esthétique autant que technique.
  • Bois massif : chaleureux et réparable, mais il demande un entretien réel autour de l'évier.

Le choix se fait avec l'usage, pas avec l'échantillon : une cuisine où l'on cuisine tous les jours et une cuisine de résidence secondaire n'usent pas le même matériau au même rythme.

Délais : les meubles se commandent avant le chantier

En Suisse, un agencement sur mesure se livre couramment huit à douze semaines après la validation des plans, et certains appareils électroménagers sont plus longs encore. Ces délais ne courent en parallèle des travaux que si la commande est passée au bon moment ; sinon, ils s'ajoutent.

L'ordre reste le même sur tous les chantiers :

  1. Relevé et plans, validation de l'implantation
  2. Commande de l'agencement et des appareils
  3. Dépose, reprise des évacuations et des alimentations
  4. Électricité, ventilation, plâtrerie
  5. Sol et peinture
  6. Pose de l'agencement, puis mesure du plan de travail sur les meubles posés
  7. Raccordements, mise en service, réglage des portes

Un plan de travail en pierre ou en céramique se mesure sur les meubles en place, jamais sur le plan papier. C'est ce qui explique le délai d'une à deux semaines entre la pose des meubles et la cuisine terminée.

Locataire, PPE ou villa : qui décide

  • Locataire : une cuisine agencée est une installation fixe. L'accord écrit de la régie est nécessaire, et le sort de l'ancienne comme de la nouvelle cuisine en fin de bail doit être réglé par écrit avant les travaux.
  • Propriétaire en PPE : les colonnes d'eau et de chute ainsi que la façade sont des parties communes. Déplacer un évier à l'intérieur du lot ne pose pas de problème ; percer la façade pour une hotte en pose un.
  • Villa : vous décidez, sauf si la puissance demandée impose une adaptation du raccordement.

Ce qui fait vraiment varier le devis

Garder l'implantation existante est le levier le plus puissant du budget. Les arrivées, l'évacuation et la ventilation restent en place, et le chantier se réduit alors aux meubles, au plan de travail et aux finitions. Déplacer l'évier ou la plaque fait changer le projet de catégorie.

Viennent ensuite les appareils, qui représentent souvent à eux seuls près d'un tiers du total, puis le plan de travail, où l'écart entre un stratifié et une céramique grand format se compte en milliers de francs sur la même cuisine.

Enfin l'état de l'existant : un sol non plan, un mur hors d'aplomb ou une installation en attente de mise en conformité ajoutent du travail avant la première fixation.

Comment nous travaillons

Nous relevons la pièce, vérifions ce que le tableau électrique et les évacuations permettent, puis chiffrons poste par poste, appareils compris. La plomberie, l'électricité et la pose sont assurées par nos propres équipes, ce qui évite le moment classique où le cuisiniste, l'électricien et le plombier se renvoient la responsabilité d'un raccordement. En logement occupé, nous installons une cuisine provisoire quand c'est possible, et nous le disons franchement quand ça ne l'est pas.

Questions fréquentes

Combien de temps dure une rénovation de cuisine ?

Comptez deux à quatre semaines de chantier une fois l'agencement livré, précédées de huit à douze semaines de fabrication. La durée totale se joue donc surtout sur la date de commande, pas sur la vitesse des poseurs.

Faut-il l'accord de la régie pour changer la cuisine d'un appartement loué ?

Oui. Une cuisine agencée fait partie des installations fixes, et l'accord doit préciser ce qu'il advient de l'ancienne cuisine et de la nouvelle à la fin du bail. Nous fournissons le descriptif technique à transmettre.

Peut-on déplacer l'évier ou la plaque de cuisson ?

Souvent oui, à l'intérieur de la pièce. L'évier dépend de la pente d'évacuation disponible, la plaque de la puissance et de la ventilation. Les deux se vérifient au relevé, avant tout chiffrage.

Une plaque à induction impose-t-elle un nouveau tableau électrique ?

Pas toujours, mais elle impose une alimentation dédiée et souvent du triphasé. Si le tableau est ancien, le mettre à niveau pendant que les murs sont ouverts coûte une fraction de la même opération faite plus tard.

Peut-on garder les meubles et ne changer que le plan de travail ?

Oui, si les caissons sont sains et d'aplomb. C'est une opération courante et nettement moins chère qu'une cuisine complète, et nous le disons franchement quand les caissons ne la méritent pas.