Borne de recharge à Genève et Lausanne

Une voiture électrique se recharge à plus de 80 % à domicile ou au travail. Encore faut-il que l'installation électrique suive : dans une villa des années 1980 comme dans le garage souterrain d'une PPE genevoise, brancher une borne de 11 kW n'est pas un simple bricolage. Il faut vérifier le raccordement, poser un circuit dédié avec les bonnes protections, annoncer l'installation au gestionnaire de réseau et, dans un immeuble, obtenir l'accord des copropriétaires ou du bailleur.
Ce guide explique comment s'y prendre à Genève et dans le canton de Vaud, quelles aides existent en 2026 et combien il faut prévoir.
Prise domestique, prise industrielle ou wallbox
La prise domestique suisse de type 13 n'est pas conçue pour une charge de plusieurs heures à pleine intensité. Elle chauffe, et beaucoup de câbles de recharge d'appoint limitent d'ailleurs le courant à 8 ou 10 ampères, soit environ 2 kW. Pour un usage régulier, trois solutions existent.
- La prise industrielle CEE 16 A, bleue en monophasé ou rouge en triphasé, sur un circuit dédié. C'est une solution économique, mais sans gestion de charge ni comptage fiable.
- La borne murale, ou wallbox, de 11 kW en triphasé. C'est la référence pour une maison ou une place de parc privée : une nuit suffit à recharger 300 à 400 kilomètres d'autonomie.
- La borne de 22 kW, rarement utile à domicile. La plupart des voitures ne chargent qu'à 11 kW en courant alternatif, et le gestionnaire de réseau limite ou refuse souvent cette puissance sur un raccordement résidentiel.
Pour la grande majorité des foyers, une wallbox de 11 kW avec câble attaché, contrôle d'accès et compteur intégré est le bon choix. Une borne communicante, compatible OCPP, permet en outre de changer de fournisseur de service sans changer de matériel.
Ce que dit la réglementation électrique
En Suisse, une borne de recharge est une installation électrique fixe soumise à l'ordonnance sur les installations à basse tension (OIBT) et aux normes NIBT. Elle doit être posée par un installateur titulaire d'une autorisation de l'ESTI ; le montage par le propriétaire lui-même n'est pas admis.
- Un circuit dédié depuis le tableau, avec une section de câble adaptée à la longueur, souvent 5 × 4 ou 5 × 6 mm² pour 16 A en triphasé.
- Une protection différentielle de type B, ou de type A associée à une détection des courants de défaut continus de 6 mA, que beaucoup de bornes intègrent.
- Une vérification de la puissance disponible au compteur et dans le tableau, en tenant compte du chauffage, du chauffe-eau et de la cuisinière.
- Un avis d'installation adressé avant les travaux au gestionnaire de réseau, SIG à Genève, les Services industriels de Lausanne ou Romande Energie selon la commune.
- Un rapport de sécurité remis au propriétaire après le contrôle final, comme pour toute installation selon l'OIBT.
Le gestionnaire de réseau répond généralement en une à trois semaines. Il peut imposer une puissance maximale, un pilotage à distance ou une gestion de charge si le raccordement du bâtiment est déjà très sollicité.
Villa, PPE ou immeuble locatif
Dans une maison individuelle, la démarche est simple : le propriétaire décide, l'électricien vérifie le raccordement et pose la borne, généralement en une journée. Il faut surtout anticiper la distance entre le tableau et la place de parc, car une tranchée ou un long cheminement de câble fait rapidement monter la facture.
En propriété par étages, le garage et les gaines techniques sont en principe des parties communes. Poser une borne sur sa propre place exige donc l'accord de la communauté, au moins pour le passage des câbles. Le droit suisse ne prévoit pas aujourd'hui de droit général à la recharge comparable à celui qui existe en France : il faut convaincre l'assemblée. Pour des travaux jugés utiles, l'article 647d du Code civil exige la majorité des copropriétaires représentant en outre la majorité des parts.
La meilleure approche, en PPE, consiste à proposer un projet d'ensemble plutôt qu'une borne isolée. La communauté fait poser une infrastructure commune, puis chaque propriétaire raccorde sa propre borne quand il en a besoin. Le décompte se fait par un compteur individuel par place, et une gestion dynamique de charge répartit la puissance disponible entre les voitures sans renforcer le raccordement.
Un locataire doit obtenir l'accord écrit du bailleur avant toute modification de la chose louée, selon l'article 260a du Code des obligations. La convention doit préciser qui paie l'installation, qui en reste propriétaire au départ du locataire et comment l'électricité est facturée.
Les niveaux d'équipement de la norme SIA 2060
La norme SIA 2060 décrit l'équipement des places de parc en plusieurs niveaux. Elle sert de référence aux cantons pour les subventions et aux architectes pour les nouveaux projets.
- Niveau A : réserve de puissance prévue au raccordement du bâtiment.
- Niveau B : tubes et chemins de câbles posés jusqu'aux places, sans câble.
- Niveau C1 : câble principal ou rail d'alimentation tiré le long des places.
- Niveau C2 : chaque place est raccordée et prête à recevoir une borne.
- Niveau D : borne installée et en service.
Pour un parking existant, viser directement le niveau C1 ou C2 sur toutes les places coûte bien moins cher que d'empiler des installations individuelles au fil des années, chacune avec son propre câble depuis le tableau.
Subventions à Genève et dans le canton de Vaud en 2026
Les aides cantonales visent aujourd'hui surtout les immeubles collectifs, et plus guère la borne d'une villa. Les montants changent régulièrement : vérifiez toujours le barème en vigueur avant de signer.
- Genève : le canton ne subventionne plus les bornes individuelles des maisons depuis le 31 mars 2024. Il soutient en revanche, depuis le renforcement d'octobre 2025, l'électrification des parkings d'immeubles existants d'au moins cinq logements, locatifs ou en PPE : pré-équipement des places, avec un montant par place dégressif selon la taille du parking et plafonné à 50 % des coûts, ainsi que des bornes mutualisées.
- Vaud : depuis le 1er mai 2025, la Direction de l'énergie ne subventionne plus la borne elle-même. L'aide porte sur l'alimentation électrique des places de niveau C1 ou C2 dans l'habitat collectif et les lieux de travail, à partir de trois places, avec un montant de l'ordre de 400 CHF par place pour les premières, puis dégressif.
- Communes : plusieurs communes genevoises et vaudoises complètent ces aides par leur fonds énergie, parfois aussi pour les villas. Renseignez-vous auprès de votre commune.
Dans tous les cas, la demande doit être déposée avant le début des travaux. Une installation déjà réalisée n'ouvre en principe plus droit à l'aide.
Recharger avec ses panneaux solaires
Une borne pilotée par l'onduleur ou par un gestionnaire d'énergie peut charger la voiture en priorité avec la production photovoltaïque du toit. En journée, une voiture branchée absorbe ainsi l'excédent solaire qui serait sinon revendu à bas prix au réseau. Dans un immeuble, ce principe s'intègre à un regroupement dans le cadre de la consommation propre (RCP) ou à une communauté électrique locale.
Dans une maison équipée en KNX, la borne peut aussi être intégrée à la domotique : affichage de la consommation, priorité au chauffe-eau ou à la pompe à chaleur, et délestage automatique quand plusieurs gros consommateurs fonctionnent en même temps.
Combien coûte une borne de recharge
Les prix ci-dessous sont indicatifs pour Genève et Lausanne en 2026, hors subventions. Ils dépendent surtout de la distance entre le tableau et la place de parc et de l'état de l'installation existante.
- Wallbox de 11 kW de qualité : 800 à 2 000 CHF selon les fonctions, comme le compteur certifié, l'OCPP ou la gestion de charge.
- Pose dans une villa, câble court et tableau en bon état : 1 000 à 2 500 CHF, contrôle et rapport de sécurité compris.
- Pose avec long cheminement, tranchée ou adaptation du tableau : 3 000 à 6 000 CHF ou plus.
- Pré-équipement d'un parking collectif au niveau C1 ou C2 : souvent 1 500 à 4 000 CHF par place selon la configuration, avant subvention.
Les erreurs à éviter
- Recharger tous les jours sur une prise domestique avec une rallonge enroulée. Le risque d'échauffement est réel, en particulier sur une installation ancienne.
- Acheter une borne en ligne et chercher ensuite un électricien : le modèle n'est pas forcément compatible avec le raccordement ni accepté par le gestionnaire de réseau.
- Poser une borne en PPE sans décision de l'assemblée, puis devoir la démonter.
- Équiper une seule place avec son propre câble, alors qu'une infrastructure commune aurait servi à tout le parking.
- Signer les travaux avant d'avoir déposé la demande de subvention.
Questions fréquentes
Faut-il une autorisation pour installer une borne de recharge ?
Une borne posée sur une place existante ne demande en général pas d'autorisation de construire. Elle doit en revanche être annoncée au gestionnaire de réseau par l'électricien et, dans un immeuble, être approuvée par la PPE ou par le bailleur. Une borne extérieure visible ou une nouvelle place de parc peut nécessiter une autorisation communale.
Une borne de 11 kW suffit-elle ?
Oui, dans la plupart des cas. En huit heures de nuit, elle ajoute environ 80 kWh, soit bien plus que le trajet quotidien moyen en Suisse romande. Beaucoup de voitures ne chargent d'ailleurs pas plus vite en courant alternatif.
Combien de temps prend l'installation ?
Dans une villa, la pose elle-même prend une journée. Avec l'annonce au gestionnaire de réseau et la livraison du matériel, il faut compter deux à six semaines. En PPE, le délai dépend surtout de la prochaine assemblée générale.
Comment la consommation est-elle facturée dans un parking commun ?
Chaque place reçoit un compteur, souvent intégré à la borne. La gérance ou un prestataire relève les consommations et refacture l'électricité à chaque utilisateur, éventuellement avec un forfait pour l'entretien de l'infrastructure.